Le choc, passage de la survie à la vie.

choc : être emprisonnée
Emprisonnée dans la maladie ? ...

Mardi je voulais vous en parler mais je n’y arrivais pas. Je sentais le besoin de me recueillir, de faire le deuil de ce passé douloureux. L’année dernière, cette date fut déjà difficile. Mais, je n’étais pas encore totalement au clair avec ma vision de la vie, ce que j’allais faire de mon expérience ni comment en faire une force et un moteur pour prendre la mesure de cette date. J’étais encore sous le choc finalement.

 

Ainsi, trois ans avant, jour pour jour, ce mardi 20 octobre 2020, je vivais une journée bouleversante. Vendredi 20 octobre 2017, il est environ 10h et je reçois un appel du laboratoire. Les résultats de l’hémogramme (prise de sang) réalisé la veille parlent d’eux-mêmes. Il faut agir vite. Il faut réagir. Il faut aller aux urgences. L’infirmière est alarmante. Je n’entends plus que les mots « transfusion » « danger » « hôpital »… C’est-à-dire tout ce contre quoi je lutte depuis des semaines. Mon corps m’envoyait en effet de nombreux signaux. Mon corps est vidé. Anémie sévère, de plus en plus sévère. L’infirmière me répète « comment faites-vous pour tenir debout ? », « vous devez être transfusée », « vous n’allez plus tenir longtemps ». Et ça je le sais. Mais je me voile la face.

Premier choc.

 

A cette date, je pèse environ 35kg (pour 1m70). Je suis dénuée de toute joie de vivre. Avec les kilos, s’en sont allés mes émotions, mes rêves et ma vie. Je survis. Plus précisément, je vis dans le déni. Depuis plus d’un an, je mange très peu, je fais beaucoup de sport, je mens à mes proches, je révise tout le temps, je dors peu et je vois de moins en moins de monde. J’ai passé les vacances d’été à courir partout, à compter mes calories, à pleurer en cachette et à en faire voir de toutes les couleurs à mes proches qui souffraient de me voir ainsi.

Pourtant, depuis quelques semaines, mon corps tente de parler. Il est épuisé. Je fais des chutes de tension, des hypoglycémies, des malaises, des crises de larmes et de cris qui m’épuisent d’autant plus. Mais je n’en parle pas. Je ne comprends pas ! Je suis dans le déni le plus total et surtout je sens que je pourrais perdre le contrôle. Impossible ! Oui impossible de perdre le contrôle ! Sinon comment vais-je camoufler mes blessures et faire taire mon mal-être ? Tant que tout est sous contrôle, je suis fière de moi. Fière de quoi me direz-vous ? De réussir autre chose que les études, d’avoir dompté mon amour pour le sucré que l’on me reprochait, d’attirer l’attention de mes parents, de cacher ma différence … Pourtant, tout ceci n’est qu’un leurre ! Je suis tout sauf heureuse. Je ne suis toujours pas acceptée et comblée, mais ça, je ne sais absolument pas comment y arriver !

Alors, je continue dans ce que je fais de mieux : tout contrôler & calculer !

 

Brutalement, cette nouvelle signifierait que les calculs seraient mauvais ? Hors de question ! Si tôt que l’infirmière raccroche, puisque je viens de lui promettre d’appeler les urgences, je reprends ma journée. Je maitrise depuis bien longtemps, continuons ! Les douleurs dans la poitrine, les malaises à répétition, les fourmillements dans mon corps tout entier depuis des jours et des jours sont certainement le fruit du stress après tout. Pour tout vous dire je vais même à la salle de sport comme prévu (quand je dis que j’étais dans le déni …), je rentre « manger » quelques fruits secs et me prépare pour aller en cours. Mais je me sens mal, très mal. J’ai les jambes coupées. Je m’écroule, je rage intérieurement, je pleure, je crie. Puis, je me décide quand même à lire les résultats de la prise de sang en détails.

Second choc.

 

L’infirmière avait donc raison. J’en fais part à une amie puis à mes parents. J’ai une petite voix qui me répètent « tu fais n’importe quoi, tu vas mourir ». Même la petite voix démoniaque habituelle de l’anorexie n’arrive pas à crier plus fort. J’ai peur, j’ai mal. Non, j’ai très peur, j’ai très mal. J’ai peur comme jamais, j’ai mal comme jamais. Une peur et un mal sournois, sans raison palpable mais si paralysant.

Au fond, je voulais disparaitre, ne plus déranger, ne plus risquer d’être jugée ou abandonnée mais je ne voulais pas mourir. Trop de choses à faire, trop de je t’aime à dire avant de mourir !

 

Le début d’une journée longue et particulièrement étrange …

La sagesse l’emporte pour la première fois depuis longtemps. J’appelle le SAMU et me voici aux urgences. Seule car je répète à mon amie Julie qui veut me rejoindre « ça va aller, ce n’est rien ». Mes parents me rejoindront plus tard puisqu’ils travaillent et ont 1h de route. Aux urgences je regrette déjà ma décision. Je bouillonne de l’intérieur. Je vois des gens malades et je me demande ce que je fais là car finalement je ne suis pas si malade moi ! L’anorexie est toujours là et tente elle aussi de vivre. J’essaie de me contenir. Je suis sous le choc, encore. Mes parents sont sous le choc, eux aussi.

Ils ne m’ont pas vu depuis quelques semaines. J’ai encore perdu. Pas que des kilos. De la vie. Je suis aussi livide que triste, énervée et choquée.

Bref, après 7h aux urgences et un interne qui m’a « oublié », le nouvel interne arrive et se demande pourquoi je n’ai pas encore été transfusée au lieu de m’avoir infligé 2 prises de sang … Finalement, il est 22h je monte dans une chambre pour être transfusée de 2 culots de sang. Je suis arrivée à 14h. Je suis épuisée. J’ai le droit à une compote et un yaourt alors que je suis intolérante au lactose. Mais ça ne me dérange pas au fond puisque je n’ai pas bougé de l’après-midi, je n’allais tout de même pas manger de surcroît ! Satanée double anorexique quand tu me tiens …

3h du matin, je sors de l’hôpital.

 

Le choc, les chocs ne font que commencer.

L’hématologue, une personne extraordinaire qui a osé me secouer et m’a écoutée, se demande même si je n’ai pas un cancer du sang ! Elle est perplexe mais se doit de me faire réaliser une ponction de moelle. J’ai peur et j’ai mal aussi, très mal pendant cet examen. Le résultat tombe après quelques jours de stress et de remise en question. Il s’agit d’une dégénérescence gélatineuse (une moelle osseuse (qui fabrique les cellules dans le sang) à l’arrêt en gros). Sans cellules cancéreuses ou autre. Il s’agit bien d’une conséquence grave de l’anorexie et de la dénutrition.

Troisième choc.

 

Serais-je malade à ce point ?

Fort heureusement, en parallèle je fais une deuxième séance d’hypnose (première faite 2 semaines avant car je sentais que j’étais très stressée. Oui le stress a bon dos). Mon corps étant en train de reprendre timidement le contrôle, cette séance est révélatrice. Elle m’ouvre les yeux, mon inconscient me parle et me met devant mes blessures. Tout ce que je réprime depuis tant d’années devient une évidence. Je ne cesserais de pleurer durant plusieurs jours. Je me libérais. J’accepte d’être hospitalisée une semaine en médecine interne pour « faire le point ». Mais après 2 jours sans examens réalisés et dans une chambre double avec une dame franchement insupportable avec sa télé et ses appels toute la journée, je demande à sortir.

 

Après les chocs, viennent les déclics vitaux.

Tout commence donc là. Grâce au 20 octobre 2017. La guérison commence. Je ne veux plus vivre ça. Je ne veux plus survivre. Je veux vivre.

Jour après jour je remange. Evidemment, j’arrête aussi le sport. Pourtant je pleure, je crie, j’angoisse, je culpabilise, je rechute, je me relève … Je suis si fatiguée mais si motivée. Comme si la petite étoile en moi se rechargeait. J’étais comme guidée par un élan de vie inespéré. Chaque jour, je mangeais un peu pus, un peu plus diversifié. Ce fut si difficile. Mais j’étais fière. Enfin vraiment fière. Fière de me battre, de me relever, de me découvrir, de prendre soin de moi, de croire en moi et que quelques personnes croient en moi.

Je refuse aussi l’hospitalisation à Saint Anne à Paris dans le service TCA (troubles du comportement alimentaire). Je ne peux me résoudre à passer plusieurs mois à l’hôpital alors que les 2 mois d’hospitalisation à 14 ans furent dores et déjà déchirants.

S’en suivent des mois de lutte interne, de hauts, de bas, de rires, de pleurs, de confiance, de crainte … Mais ce qui ne tue pas, rend plus forte !

 

La morale de l’histoire 

J’ai désormais compris que cette période représente ma renaissance. Je pensais que ma renaissance était la fin de la guérison. Non. La renaissance commence le 20 octobre 2017. C’est-à-dire le jour où j’ai eu peur de mourir. Peur de mourir à cause d’un régime, à cause de réflexions sur mes « bonnes cuisses » à 12 ans, à cause d’un manque d’affection, à cause d’un sentiment de rejet perpétuel, à cause d’un homme qui a eu des gestes déplacés vers mes 9 ans, à cause d’une situation et d’une histoire familiale compliquées, à cause de l’image irréelle de la femme véhiculée par les magazines … Aujourd’hui, je sais que je vaux tellement plus que ça. Je sais également que GRACE à tout ça je suis moi.

Je ne souhaite à personne de tomber si bas car je le répète : ce chemin, ces mois, ces années furent extrêmement difficiles. Mais paradoxalement, je suis fière du chemin parcouru et de la femme unique et fabuleuse qui rayonne désormais en moi chaque jour.

 

 

Je dédicace ce texte à moi-même, à ma sensibilité, ma force, ma joie de vivre. Je le dédicace à ma marraine d’amour, à la grande et la petite Julie, à ma meilleure amie Ophélie et mes amies qui m’ont soutenues, à mes parents qui ont énormément souffert et à toutes les personnes qui m’entourent aujourd’hui (en réel comme en virtuel).

 

Bisous à toutes & tous ! 

choc : délivrée et heureuse
Je vous souhaite à toutes de vous épanouir, quelque soit votre passé !

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